Puer (verbe)


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

(Ce verbe n'est usité qu'au présent, à l'imparfait, au futur de l'indicatif, au conditionnel présent, au subjonctif présent, à l'infinitif et au participe présent.) Sentir mauvais. "Ces perdrix puent. Si vous gardiez ces fleurs plus longtemps dans la même eau, elles aient."
Fig. et pop., "Cela lui pue, lui pue au nez," Il en est rebuté, dégoûté.
PUER s'emploie transitivement. "Cet homme pue le vin, pue l'ail. Ses habits puent la vieille graisse."
"Cela pue le musc, l'ambre, etc.," se dit d'une Chose qui a une odeur de musc, d'ambre, etc., excessive et incommode.



Dictionnaire d'Emile Littré

Verbe 



 1   Exhaler une odeur fétide. Viande qui commence à . Ces charognes puèrent longtemps.
    Il pue comme un rat mort, comme un bouc, comme une charogne, comme la peste, se dit d'un homme qui sent très mauvais.
    Fig. et populairement. Cela lui pue, lui pue au nez, il en est dégoûté, rebuté.
SAINT-SIMON: « Les bancs, le séminaire, l'apprentissage de l'épiscopat, toutes ces choses lui puaient horriblement [à l'abbé de Polignac] »
    Fig. et familièrement. Il fait tellement parade de son savoir qu'il en pue.

 2   Activement. Puer l'ail, exhaler une odeur d'ail.
MOL.: « Retirez-vous : vous puez le vin à pleine bouche »
    Cela pue le musc, l'ambre, la civette, se dit d'une odeur forte et incommode de musc, d'ambre, de civette.
    Fig.
MOL.: « ....Ah ! sollicitude à mon oreille est rude ; Il pue étrangement son ancienneté »
SAINT-SIMON: « Il se trouve dans les mémoires de Villars des traits dont la hardiesse pue la fausseté »

PROVERBE Paroles ne puent point, ou parole ne pue point, se dit par excuse quand on est obligé de nommer quelque chose de sale.
VOLT.: « Pour Dieu, daignez m'envoyer (paroles ne puent pas) la feuille de l'infâme Fréron contre M. le Brun »

REMARQUE
    Autrefois on disait ou puir ; Richelet et Furetière les admettent dans leurs dictionnaires, en disant que ce sont deux verbes défectueux ; que puir n'est point usité à l'infinitif, mais seulement , et qu'au présent on conjugue je pus, tu pus, il put. Malherbe a dit : Phlègre qui les reçut [les géants], put encore la foudre Dont ils furent touchés, II, 12 ; Dancourt : La bourgeoisie me put horriblement à l'heure qu'il est, Cur. de Comp. sc. 9 ; Lesage : Tant mieux, s'écria-t-il, l'esprit me put, et je le regarde à l'heure qu'il est comme le présent le plus funeste que le ciel puisse faire à l'homme, Gil Bl. II, 7. Aujourd'hui, puir étant tombé dans l'oubli, cette conjugaison anomale a disparu, et l'on conjugue je pue, tu pues, il pue.

HISTORIQUE
    XIIIème siècle
BAUDOUIN DE CONDÉ: « ....La grace dechiet D'aucun dit, que trop est en cours ; Il est si vieus en toutes cours, Qu'il semble à chascun que il pue, Si est sa grace corrumpue »
     Chr. de Rains, 39: Et moult en trouverent par les rues qui estoient mort de maladie tout puant
     la Rose, 8950: Li femiers [fumiers], Qui de puir est coustumiers
     ib. 5261: Car tant cum avarice put à Dieu qui de ses biens reput Le monde....
    XVème siècle
FROISS.: « Il samble voir qu'argens me pue ; Dalès moi ne peut arrester »
    XVIème siècle
MONT.: « Puants au dedans toute sorte de vices »

ÉTYMOLOGIE
    Provenç. pudir ; ital. putire ; du lat. putere, ; du grec, pourrir ; sanscr. puy, pourrir, .


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


(Ce verbe n'est usité qu'à l'infinitif, au présent, à l'imparfait, au futur de l'indicatif et au conditionnel présent. "Je pue, tu pues, il pue; nous puons, vous puez, ils puent. Je puais. Je ai. Je ais.") Sentir mauvais. "Cette viande commence à . Ces perdrix puent. Cet homme pue beaucoup. Son haleine pue. Il puait. Cela a bientôt. Si vous gardiez ces fleurs plus longtemps dans la même eau, elles aient."
Prov. et fig., "Il pue comme un rat mort, comme un bouc, comme une charogne, comme la peste," se dit L'un homme qui sent fort mauvais.
Prov. et pop., "Paroles ne puent point," ou au singulier, "Parole ne pue point," se dit, par manière d'excuse, Quand on se trouve obligé de nommer quelque chose de puant ou de sale.
Fig. et pop., "Cela lui pue, lui pue au nez," Il en est rebuté, dégoûté.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie quelquefois activement. "Cet homme pue le vin, pue l'ail. Ses habits puent la vieille graisse."
"Cela pue le musc, l'ambre, la civette," se dit D'une chose qui a une odeur de musc, d'ambre ou de civette, excessive et incommode.



Ancienne définition de 1798 (Académie Française)



Sentir mauvais. Ce verbe n'est d'usage qu'à l'infinitif, au présent, à l'imparfait, au futur de l'indicatif et au conditionnel présent. On écrivoit, "Je pus, tu pus, il put". L'usage a réformé cet abus. Il faut, "Je pue, tu pues, il pue. Cette viande commence à . Ces perdrix puent. Cet homme pue beaucoup. Son haleine pue. Il puoit. Cela a bientôt. Si vous gardiez ces fleurs plus long-temps dans la même eau, elles oient".
On dit figurément et proverbialement d'Un homme qui sent fort mauvais, qu'"Il pue comme un rat mort, comme un bouc, comme une charogne, comme la peste," qu'"il pue à engloutir".
Il se construit quelquefois à la manière des verbes actifs. Ainsi l'on dit, qu'"Un homme pue le vin," pour dire, qu'Il sent extrêmement le vin. "Ses habits puent la vieille graisse". On dit qu'"Une chose pue le musc," pour dire, qu'Elle a une odeur de musc excessive et incommode. La même chose se dit Des odeurs bonnes par elles-mêmes, mais dont l'excès fait une impression désagréable, lorsqu'elles sont trop violentes.
On dit d'Un homme dégoûté de viande, de vin, etc. que "La viande lui pue," que "le vin lui pue;" et figurément dans le même sens, "Le jeu, la danse, la comédie lui pue au nez," pour dire, qu'Il est rebuté, qu'il est dégoûté de ces sortes de plaisirs.
On dit proverbialement, quand on se trouve obligé de nommer quelque chose de puant ou de sale, "Paroles ne puent point". Dans la même occasion, on dit aussi proverbialement au singulier, "Parole ne pue point".



Signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)

Verbe 


Ce verbe n'a d'irrégulier que le singulier du présent de l'indicatif. "Je pus, tu pus," "il put." Sentir mauvais. Ce verbe n'a d'usage qu'à l'infinitif, au présent, à l'imparfait & au futur de l'indicatif, & au future du subjonctif. "Cette viande commence à . Ces perdrix puent. Cet homme put beaucoup. Son haleine put. Il puoit. Cela a bientôt. Si vous gardiez cette viande plus long-temps, elle oit."
On dit figurément & proverbialement d'Un homme qui sent fort mauvais, qu'"Il put comme un rat mort, comme un bouc, comme une charogne, comme la peste."
Il se construit quelquefois à la manière des verbes actifs. Ainsi on dit, qu'"Un homme put le vin," pour dire, qu'Il sent extrêmement le vin. "Ses habits puent la vieille graisse." On dit, qu'"Une chose put le musc," pour dire, qu'Elle a une odeur de musc excessive & incommode. La même chose se dit De toutes les bonnes odeurs, lorsqu'elles sont trop violentes.
On dit d'Un homme dégoûté de viande, de vin, &c. que "La viande lui put," que "Le vin lui put." Et figurément dans le même sens, "Le jeu, la danse, la comédie lui put," pour dire, qu'Il est rebuté, qu'il est dégoûté de ces sortes de plaisirs.
On dit proverbialement, quand on se trouve obligé de nommer quelque chose de puant ou de sale, "Parôles ne puent point." Dans la même occasion, on dit aussi proverbialement au singulier, "Parole ne put point."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Verbe 

["Pué": 2e"é" fer.
- "Richelet" dit "puer" et "puïr", et remarque pourtant que "puer" est le seul, qui se dise à l'infinitif: à quoi sert donc "puïr"?] "Puer" n'a d'irrégulier que le sing. du présent de l'indicatif: je "pus", tu "pus", il "put": le pluriel est comme celui des verbes en "er": nous "puons", vous "puez", ils "pûent". M. de "Wailli" pense qu'il vaudrait mieux dire":" je "pue", tu "pue", il "pue:" la prononciation, dans le fond, serait la même, et l'ortographe serait plus conforme à l'analogie: outre cela, on distinguerait ce verbe de l'aoriste du V. "pouvoir": je "pus", tu "pus", il "put", le faire, le dire, "etc." = Il n'a point de prétérit ni de participe passif, ni, par conséquent, de tems composés. Il n'a d'usage qu'au présent, à l'imparfait, au futur et au conditionel, que l'"Acad." apèle le futur du subjonctif; il "puoit", il "puera", il "pueroit" ou "puerait"; (qu'on prononce "pûra", "pûré", en 2 syllabes) pour les tems composés, on se sert de "sentir mauvais". = 'Cet homme "put" beaucoup. 'Il "puoit". 'Cela "puera" bientôt: si vous gardiez cette viande plus long-tems, elle "puerait" bientôt.
   REM. "Puer" est bâs: on ne l'emploierait pas aujourd'hui dans une Ode, comme a fait "Malherbe".
   Phlègre, qui les reçut, "put" encore "la foudre"
   Dont ils furent touchés.
"Ronsard" s'était déja servi de ce mot.
   Si que le soufre, ami du foûdre,
   Qui tomba lors sur les géans,
   Jusqu'aujourd'hui noircit la poûdre,
   Qui "put" par les champs phlégréans.
On a pu remarquer que "Malherbe" fait "puer" actif: "put" encore la "foûdre". Ainsi l'on dit, qu'un homme "put le" vin. (Voy. EMPESTER et EMPOISONER), qu'une chôse "put le" muse; et M. "Linguet" a dit au fig. (st. critique et mordant) ce mot "puë le Fontenelle" et sa finesse. On dit ordinairement, "sent": mais, quand un mot ou une expression sentent mauvais, "puer" est plus expressif.
   Ah"!" ah"!" "sollicitude" à mon oreille est rude;
   Il "put" étrangement son "ancienneté".
       "Mol."
= "Neutre", il régit quelquefois le datif de la persone, la chôse étant le sujet. On dit d'un homme, que la viande "lui put"; et au fig. fam. que la lectûre, la comédie "lui put", quand il en est dégoûté. = En st. prov. on dit sans régime, d'un homme qui sent fort mauvais, qu'il "put comme" un rat mort, "comme" un bouc, "comme" une charogne, "comme" la peste.



Signification éditée en 1694 (selon l'Académie Française)

Verbe 


Sentir mauvais. "Cette viande commence à . ces perdrix puent. cet homme put beaucoup son haleine put".
On dit, d'Un homme qui sent fort mauvais, qu'"Il put comme un rat mort, comme un bouc, comme une charogne, comme la peste".
Il se construit quelquefois à la maniere des actifs, & ainsi on dit, qu'"Un homme put le vin," pour dire, qu'Il sent extrémement le vin. "Ses habits puent la vieille graisse".
On dit, qu'"Une chose put le muse," pour dire, qu'Elle a une odeur de musc excessive & incommode. La mesme chose se dit des autres bonnes odeurs, lors qu'elles sont trop violentes.
On dit, d'Un homme dégousté de viande, de vin, que "La viande luy put," que "le vin luy put".
On dit aussi fig. dans le mesme sens, "Le jeu, la danse, la comedie luy put," pour dire, qu'Il est rebuté, qu'il est dégousté de ces sortes de plaisirs.
On dit prov. Quand on se trouve obligé de nommer quelque ordure, que "Les paroles ne puent point".




Emplacement dans le dictionnaire :

puddlage
puddler
puddleur
pudeur
pudibond
pudibonderie
pudicité
pudique
pudiquement

puériculture
pueril
puéril
puérilement
puerilement
puerilité
puérilité
puerpéral
pugilat
pugiliste
pugilistique




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Rodolphe TOEPFFER (Nouvelles genevoises)

...passé par ses mains, et je n'étais point insensible à l'agrément prosodique de ses apophthegmes ; aussi m'aimait-il, et il ne lui arrivait guère de me rencontrer sans m'apostropher à sa façon : puer, si qua fata aspera rumpas, tu marcellus eris. et sa panse rebondie allait, venait, d'un rire long et moelleux, auquel, sans le partager, je portais envie. S'il advenait qu'une ancienne servante lui...


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